À l’aune du choc tant attendu de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et le RB Leipzig, revanche d’une certaine demi-finale de Final Four en 2020, le club allemand détonne sur la scène européenne et surprend plus d’un observateur. Alors, comment expliquer qu’un club devenu professionnel en 2013 soit devenu un rival aux arguments sportifs et financiers sérieux ? Décryptage avec pronos-foot.fr.

Chronique du Rachat de Leipzig par Red Bull

Août 2016, un club alors inconnu de tous s’illustre en seconde division allemande et arrache son ticket d’accession pour l’élite à l’issue d’une saison maîtrisée dans l’antichambre. Le RB Leipzig dispute alors pour la première fois de son histoire la prestigieuse Bundesliga. Depuis la relégation de l’Energie Cottbus en deuxième division en 2009, aucun club est-allemand n’est parvenu à intégrer la première division allemande et d’autres club au passé prestigieux tels le Dynamo Dresde et le Hansa Rostock végètent même en troisième division. Un véritable pugilat pour tout un pan de l’Allemagne qui se retrouve rayé de la carte du football professionnel.

Toutefois le milliardaire autrichien Dietrich Mateschitz ne l’entend pas de cette oreille et compte faire de Leipzig, la très sylvestre capitale de l’état de Saxe, une place forte du football allemand. Le rachat du petit club du SSV Markanstädt pour 350.000 euros en 2009 s’inscrit dans une logique sportive de longue date. En effet, le propriétaire de la célèbre marque de boisson énergisante Red Bull souhaite pérenniser ses succès via le prisme du football, après ses incursions dans le monde de la Formule 1 (quadruple champion du monde des constructeurs tout de même !) et des sports extrêmes. Sous les conseils de son ami Franz Beckenbauer, illustre capitaine de la sélection ouest-allemande championne du monde en 1974, Mateschitz conclut le marche et fait l’acquisition du club et du Zentralstadion, stade historique de 44.000 places.

Tout semble alors se dérouler à merveille pour le milliardaire autrichien qui compte bien ajouter le club de la Saxe à son escarcelle, après le rachat du SV Austria Salzbourg (RB Salzbourg) en 2004 et des Metrostars (New York Red Bulls) en 2006. Mais les obstacles qui se dressent devant lui sont nombreux. En effet de par sa nature conservatrice, la fédération de football voit d’un mauvais œil l’arrivée de Red Bull qui ne permet pas à une société privée de posséder un club à plus de 49% et d’y apposer son nom. De plus, les supporters du Chemnie Leipzig s’opposent au rachat. Toutefois après plusieurs tours de passe-passe pour se conformer à la loi, Red Bull parvient à acquérir le club et le renomme astucieusement le « RasenBallsport Leipzig » (littéralement « sport de balle sur pelouse »). Malgré la gronde des clubs historiques allemands envers ce nouveau riche, l’histoire de Leipzig est toutefois en marche.

 

L’autrichien Sabitzer et le français Nordi Mukiele célébrant un but

Les raisons du Succès grandissant de Leipzig

Les débuts du RB Leipzig dans les divisions inférieures sont laborieux et le club saxon ne parvient pas à se qualifier pour la 3.Bundesliga. Cependant un changement majeur dans la direction du club rottenbullen va rapidement tout changer et le mettre sur la voie du succès. Gerard Houiller prend alors les fonctions de directeur sportif et oriente sa politique vers le recrutement de jeunes joueurs à fort potentiel.

Ralf Rangnick, passé par Schalke 04 et Stuttgart, prend quant à lui les rênes de l’équipe première. Qualifié en troisième division allemande en 2013, le RB Leipzig recrute malin et s’adjuge les services de Joshua Kimmich (Stuttgart), Youssuf Poulsen (Lyngby) et le gardien international suisse Fabio Colorti (Lausanne). La sauce prend dans le collectif et le club de la Saxe monte la même année en deuxième division après s’être conformé aux conditions de la fédération allemande de football. Le club reste alors deux années dans l’antichambre de l’élite le temps d’opérer une restructuration efficace et de bâtir une équipe performante.

Comment Leipzig est devenu un cador sur le football européen ?

Prônant une philosophie de jeu offensive toujours portée par l’avant, faite de transition rapides et de prises de risque, le modèle Red Bull s’exporte partout dans le monde dont ses académies sont les plus dignes représentants. La galaxie aux deux taureaux rouges s’étend alors en Inde, au Ghana et au Brésil, et ses différents clubs se professionnalisent. Le RB Leipzig est alors le fer de lance du projet Red Bull, où se succèdent par ordre hiérarchique le RB Salzbourg (Autriche), les New York Red Bulls (États-Unis), le FC Liefering (Autriche) et le RB Bragantino (Brésil).

Grâce à un astucieux programme de développement de joueurs pour des coûts encadrés, le RB Leipzig forme des joueurs de grand talent, qui pour la plupart deviennent internationaux. On ne compte plus les Erling Haaland, Dayot Upamecano, Timo Werner et autres Marcel Sabitzer qui jouent désormais les premiers rôles en Europe. Les changements portent leurs fruits, et après un succès en Coupe de Saxe, les hommes de Rangnick se hissent en Bundesliga à l’été 2016.

 

Erling Braut Haaland sous les couleurs du RB Salzbourg

Un club en pleine ascension detesté en Allemagne

Désormais entraîné par l’ambitieux Ralph Hasenhüttl, le club saxon découvre la première division allemande et ses exigences en 2016. Toutefois, le club est-allemand attire les hostilités du public qui le qualifie de club préfabriqué et d’artificiel. Contrairement au modèle anglais qui incite et favorise l’apport de nouveaux investisseurs dans les clubs de la couronne, le football d’outre Rhin rejette catégoriquement cette philosophie pour une approche plus traditionnelle de leur football. Socialiste, le football allemand valorise les géants d’antan comme le Hambourg SV et le Werder Brême qui ont construit leur succès au fil du temps.

À l’instar du club d’Hoffenheim dont le propriétaire n’est autre que Dietmar Hopp, le fondateur de la société de logiciels SAP, le RB Leipzig va très vite découvrir l’hostilité dont il fait preuve dans les stades germaniques. De nombreux supporters de clubs adverses refusent alors de se déplacer à la Red Bull et de nombreuses actions violentes se déploient dans les stades. Une honteuse banderole assimilant Dietrich Mateschitz à un nazi fait son apparition lors du derby opposant le RB Leipzig au Erzgebirge Aue, et une tête tranchée de taureau est balancée sur la pelouse par certains supporters mal avisés du Dynamo Dresde.

 

Toutefois la confiance du club saxon n’est pas ébranlée et l’équipe enchaîne les victoires à la surprise générale. Le RB Leipzig surprend et termine à une très belle deuxième place l’année de son accession à la Bundesliga. Dans le sillage de Timo Werner auteur de vingt et un buts cette saison, le RB Leipzig se qualifie par la même occasion pour la Ligue des Champions et fait le bonheur des supporters lipsiens. Par la suite, le club controversé confirme et se frotte aux meilleurs équipes allemandes, le voilà même en train de tirer la dragée hautes aux historiques club du Borussia Dortmund et du Bayern Munich. Au final, le RB Leipzig aura eu l’intelligence de construire patiemment son projet sportif et de ne pas tomber dans le piège du surinvestissement financier. Nombre de clubs richissimes comme Malaga et l’Anji Makhachkala ont succombé aux sirènes de la tentation et se sont écroulés pour jamais.

 

Le RB Salzbourg n’est pas en reste et au-delà de son évidente domination dans le championnat domestique, le club autrichien parvient contre toute attente à atteindre les demi-finale de la Ligue Europa en 2018. L’auteur de cet historique exploit n’est autre que Marco Rose, un autre très talentueux entraîneur de l’école allemande. En trois saisons dans l’élite seulement, le RB Leipzig est ainsi devenu un pilier du football allemand et même s’il en demeure pas moins impopulaire dans son pays, son modèle et ses principes de jeu séduisent le football européen. Les rottenbullens de Julian Nagelsmann s’affirment sur la scène continentale et effectue une saison 2019-2020 remarquable, la plus belle de leur histoire. Le club parvient à se sortir d’une poule homogène comprenant le Benfica Lisbonne, l’Olympique Lyonnais et le Zenith Saint Petersbourg grâce à un Emil Forsberg en état de grâce puis élimine successivement Tottenham et l’Atletico Madrid.

Lors de cette compétition tronquée et remodelée à cause de la pandémie de coronavirus, le RB Leipzig affronte le Paris Saint-Germain pour une place en finale de Ligue des champions. Mais bien que l’aventure soit belle, le parcours européen s’arrête là pour les saxons sèchement battus 3 à 0 par les princes de la capitale française. Ce n’est que partie remise pour un club qui aura défié les inflexibles lois d’un football moderne de plus en plus élitiste et conservateur. Le RB Leipzig détonne et chamboule tout sur son passage, et bien que détesté en Allemagne, le club aux taureaux rouges charge à toute berzingue. Il entend bien se tailler la part du lion dans le paysage du football du 21e siècle. Produit artificiel pour les uns, vraie bouffée d’oxygène pour les autres, le RB Leipzig est un OVNI qui ne laisse pas indifférent. Peut-être décrocheront-ils finalement les sommets qui leurs sont promis, pour cela les coéquipiers de Marcel Sabitzer devront prendre cette destinée qui leur tend la main.

 

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